Chacun de nous peut agir contre la pauvreté

Par ATD Quart Monde

[ constat ]

Stop à la « pauvrophobie »

Près de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (soit moins de 1008 euros par personnes et par mois), dont plus de 4 millions dans la grande pauvreté (avoir entre 0 et 500€ de ressources par mois). Le nombre de jeunes vivant dans la pauvreté a considérablement augmenté depuis 10 ans. 3 millions d’enfants dans notre système scolaire vivent dans la pauvreté et parmi eux 1,2 million dans la grande pauvreté. Vivre dans la grande pauvreté c’est avoir un cumul de précarités, et donc des soucis importants dans le domaine de la santé, de l’emploi, du logement, de l’éducation …

À cet aspect quantitatif, on pourrait ajouter d’autres chiffres concernant les inégalités de santé, de réussite scolaire, les taux de non-recours aux prestations sociales toujours trop importants, l’accès de plus en plus difficile des moins fortunés au logement social…, multiples aspects de la « pauvrophobie » et des discriminations dont sont victimes les personnes en grande précarité.

Au niveau des représentations, les figures du « pauvre incapable » ou du « pauvre coupable » sont en effet prégnantes malgré la crise économique et le chômage massif que nous connaissons. De trop nombreux discours mettent en concurrence entre elles les catégories sociales les plus défavorisées : travailleurs pauvres, bénéficiaires du RSA, immigrés, réfugiés, Roms, gens du voyage… au lieu de rassembler toute la société dans un même refus de la pauvreté et de l’exclusion.
Le contrôle social est important, ainsi que les non-recours aux aides et à l’accompagnement social. « La pauvreté, c’est garder ses secrets, devoir dire des mensonges et faire semblant », dit une mère de famille. « C’est avoir besoin d’aide, mais avoir trop peur d’être jugée comme une mère incapable pour la demander », dit une autre.

Mesure-t-on le gâchis humain et économique que cela représente pour les générations actuelles et à venir ?

[ ENJEUX ]

Quelles solutions mettre en œuvre ?

Sommes-nous condamnés à attendre le retour de la croissance ou à tenter d’améliorer quelques indicateurs économiques en réduisant les budgets publics, avec des effets collatéraux dévastateurs sur l’emploi, la santé, l’accès au logement, le travail social, l’éducation, etc. et sur le vivre ensemble ? Non. Depuis des décennies, ces solutions montrent leurs limites.

Il est nécessaire d’en concevoir de nouvelles, les politiques et les décideurs ont besoin de tous les citoyens pour cela. Car lorsque le dialogue s’établit en profondeur avec tous sur le terrain, il permet d’inventer des actions nouvelles qui améliorent la vie de chacun, remontent parfois jusqu’au niveau national et font changer les lois.

Cette conviction et cette ambition sont au cœur de l’existence d’ATD Quart Monde, association créée en 1957 dans le bidonville de Noisy-le-Grand en région parisienne non pas pour « venir en aide » aux pauvres ni pour affronter les riches, mais pour s’attaquer aux racines de l’exclusion sociale sur le terrain en remontant, s’il le faut, jusqu’à l’Élysée et aux Nations unies. Les créateurs de notre mouvement, les habitants de ce bidonville et Joseph Wresinski, qui avait lui-même connu les privations et humiliations d’une vie dans la misère, ont eu d’emblée ce projet d’un changement de société.

Depuis, les actions pilotes conduites par ATD Quart Monde avec des personnes en grande pauvreté et de nombreux partenaires dans le domaine du logement, de la famille, de l’éducation, de la lutte contre l’illettrisme, de l’accès à la santé, à l’emploi, à la culture, etc., ont donné naissance à de multiples innovations sociales, parmi lesquelles : les entreprises d’insertion ; la prévention spécialisée et les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) familiaux dans les années 1970 ; le revenu minimum d’insertion en 1988 ; la couverture maladie universelle en 2000 ; la complémentaire « Accès santé » en 2013 ; le soutien dans la refondation de l’école avec des thèmes comme la coopération entre élèves et entre parents et enseignants ; l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » ; la reconnaissance de la discrimination pour cause de précarité sociale en 2016.

[ SOLUTIONS ]

Pas de solutions sans les vivre d’abord avec les personnes concernées

Les changements nécessaires pour mieux vivre ensemble demain s’inventent sur le terrain et non dans les bureaux d’études ou les cabinets ministériels, car leur point de départ incontournable est de les vivre d’abord avec les personnes concernées, dans la durée. Le RMI a été expérimenté en Ille-et-Vilaine dans les années 1980, la CMU et la mutuelle « Accès santé » dans la région de Nancy, etc. Prendre le temps qu’il faut pour les associer tous, recréer la confiance et réapprendre à réfléchir ensemble, sont des conditions nécessaires. Cela se compte souvent en années.

La création d’espaces communs pour construire ces liens est le seul moyen de faire durablement reculer la misère. Les cent groupes locaux d’ATD Quart Monde en France comme de multiples autres lieux associatifs et de l’économie sociale et solidaire sont autant d’espaces communs qui permettent la rencontre en profondeur de personnes, d’histoires et de milieux différents, y compris celles qui d’ordinaire sont laissées à l’écart.

Des solutions s’y inventent, mettons-les en œuvre ! D’autant plus que la possibilité d’expérimenter des innovations sociales avec le soutien des institutions a été renforcée en 2003 par l’inscription dans notre Constitution du droit à l’expérimentation des collectivités territoriales.
Dominique Potier, l’un des parlementaires qui a œuvré en faveur de l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée », a écrit : « Nous devons à la fois retrouver un esprit de fraternité et un esprit d’entreprise, retrouver dans nos territoires et pour les personnes les plus fragiles, de la fierté, parce que c’est cette fierté qui nous permettra de faire face aux démons contemporains. »1

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  1. Revue Quart Monde n°238, « Réinventer l’économie », ATD Quart Monde 2016.

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