Des engagements volontaires dans un monde en mutation

Par France Volontaires

[ constat ]

Les recompositions du secteur de l’aide internationale

L’actualité internationale se caractérise par une accélération et une multiplication des crises de tout ordre : des catastrophes naturelles comme le séisme qu’a connu Haïti en 2010 ou encore l’Équateur en 2016; des crises sanitaires majeures avec l’épidémie Ebola par exemple ; des crises politiques et des conflits armés qui se sont étendus en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient. Certains pays sont en situation de crises prolongées, une crise succède à l’autre et aggrave les conséquences des précédentes. Si ces événements d’ordre conjoncturel et géopolitique ne représentent pas en soi une nouveauté, ils touchent de plus en plus directement des sociétés bien éloignées des lieux de crise. L’augmentation du nombre de migrants et de demandeurs d’asile en Europe en est l’un des signes les plus concrets mais aussi des plus médiatisés. Enfin, les faits de terrorisme avec le développement d’une nébuleuse sur l’ensemble du globe touchent à la fois les pays de la zone du Sahel et les pays européens. Comment dans ce contexte, les volontaires de solidarité peuvent-ils agir ?

Selon Philippe Lavigne-Delville, anthropologue et ancien directeur scientifique du GRET (ONG internationale de développement), dans les pays receveurs d’aide internationale, les institutions publiques se sont développées, des instances communales ont été créées, de multiples associations, ONG, bureaux d’étude nationaux offrent aujourd’hui leurs compétences et leurs services. Les dispositifs de coopération se sont complexifiés, technicisés, avec la généralisation d’une logique contractuelle, mobilisant des organisations nationales dans une logique de « faire faire ». Les ONG internationales se sont professionnalisées, parfois au risque de perdre leur engagement militant. De plus en plus, les acteurs de l’aide embauchent des cadres nationaux, réduisent leur personnel expatrié. De très nombreux professionnels, formés chez eux ou à l’étranger, travaillent dans le secteur de l’aide, ou y cherchent un emploi dans un contexte de fort chômage des diplômés. Plus que jamais, l’enjeu d’une coopération est de contribuer à renforcer la capacité des institutions et des organisations nationales à proposer aux citoyens des services adaptés et de qualité. Ces recompositions posent de façon plus cruciale encore qu’auparavant la question de la légitimité des acteurs occidentaux.

[ ENJEUX ]

Le volontariat, une récente reconnaissance internationale

En septembre 2015, l’adoption des dix-sept objectifs du développement durable par 193 États lors de l’assemblée générale des Nations unies consacre pour la première fois le volontariat. Ban Ki-Moon, alors secrétaire général des Nations unies, évoque à ce propos en décembre 2014 : « Le volontariat est un moyen puissant et transversal de la mise en œuvre des objectifs du développement durable. Les volontaires ont la capacité de mobiliser les individus à l’échelle nationale pour contribuer à mettre en œuvre les politiques de développement. Les organisations de volontariat ont la capacité de créer de nouveaux espaces d’interaction entre les citoyens et les gouvernements, dans le but de promouvoir des actions concrètes en faveur du développement. »1
Face aux défis mondiaux et aux nouvelles responsabilités qui incombent aux volontaires, quelles actions mettent en place les organisations de volontariat ?

[ SOLUTIONS ]

Les organisations de volontariat réactives dans un monde en mutation

En soutien aux populations les plus fragiles, une articulation entre volontaires nationaux et internationaux
Lors de crises humanitaires, les premiers à réagir sont les habitants de la localité touchée et leurs voisins. Les volontaires locaux sont des acteurs clés non seulement pour sauver des vies dans les premières heures et les premiers jours des crises, mais aussi dans l’information et la prévention des habitants. Dans des pays en situation de crises prolongées, certaines organisations étrangères ont sensiblement réduit leurs interventions. Or, pour accompagner et soutenir ces organisations locales, les volontaires internationaux peuvent agir en amont voire à distance en appui aux volontaires locaux par exemple en génie hydraulique, en matière de sécurité alimentaire, ou encore d’activités génératrices de revenus. Les actions de réduction et de prévention des risques incluant des volontaires locaux et internationaux se développent peu à peu, que ce soit par la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ou en France, par France Volontaires et La Guilde européenne du Raid.

Le partenariat entre sociétés civiles, un enjeu clé
Le partenariat entre organisations des sociétés civiles de différents pays mais aussi directement avec les populations se révèle primordial pour agir et être présent auprès des plus pauvres. Comme le rappelle Isabelle Pypaert Perrin, déléguée générale du mouvement international ATD Quart Monde, les engagements extérieurs doivent pouvoir se greffer à la réalité quotidienne des habitants s’ils veulent atteindre des résultats durables. Au sein du mouvement ATD Quart Monde, ce partenariat au quotidien est expérimenté, leur permettant de rester dans des pays même dans les périodes de grande instabilité et de transformer l’action pour pouvoir s’adapter aux différents événements.

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  1. NATIONS UNIES (2014). La dignité pour tous d’ici à 2030 : éliminer la pauvreté, transformer nos vies et protéger la planète. Rapport de synthèse du Secrétaire général sur le programme de développement durable pour l’après-2015, paragraphe 131. New York : Nations unies.

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