Développer des biens communs numériques

Par Framasoft


[ CONSTAT ]

Une perte de contrôle de notre vie numérique

Nos données sont une extension de nous-mêmes. Elles peuvent indiquer où nous sommes, avec qui, notre orientation politique ou sexuelle, les sites que nous visitons, notre recette préférée, nos centres d’intérêt, etc.

Si une donnée seule, prise isolément, n’est pas forcément sensible, un ensemble de données peut le devenir (par exemple si vous faites des recherches sur le cancer avant de souscrire à une assurance-vie).

Dans le monde du tout-numérique (lecture, TV, téléphonie, musique, réseau social, etc.), notre vie privée est un élément essentiel de ce qui fait de nous une personne singulière.

Ces dernières années ont vu se généraliser une concentration des acteurs d’Internet (Youtube appartient à Google, WhatsApp à Facebook, Skype à Microsoft, etc.). Cette centralisation est nuisible, non seulement parce qu’elle freine l’innovation, mais surtout parce qu’elle entraîne une perte de liberté pour les visiteurs.

Les utilisateurs de ces derniers services ne contrôlent plus leur vie numérique : leurs comportements sont disséqués en permanence afin de mieux être ciblés par la publicité, et leurs données – pourtant privées (sites visités, mails échangés, vidéos regardées, etc.) – peuvent être analysées par des services gouvernementaux.

 

[ ENJEUX ]

La triple domination des GAFAM

Aujourd’hui, cinq géants contrôlent une large part des données transitant sur Internet : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.

Aussi appelées « GAFAM », ces entreprises exercent une triple domination :

  • technique : elles maîtrisent les sites sur lesquels sont stockées nos données, et sont leaders dans des domaines qui vont bouleverser le monde de demain : santé, internet des objets, robotique, etc.
  • économique : ces 5 entreprises sont aujourd’hui les 5 premières capitalisations boursières mondiales, disposant d’assez de ressources pour racheter à peu près n’importe quel concurrent en-dehors d’elles-mêmes. La trésorerie disponible de Google, par exemple, atteint les 80 milliards de dollars, ce qui dépasse le PIB d’États comme la Côte d’Ivoire ou le Liban.
  • culturelle : aidées par leur puissance financière, ces entreprises hors normes sont en train de redéfinir les contours de certaines normes sociales et sociétales, depuis « Qu’est-ce qu’un ami ? » jusqu’à « Comment diffuser une information ? » en passant par « Qu’est-ce qu’une information ? Une image « acceptable » ou non ? ».

Il existe un risque non négligeable que ces entreprises façonnent à leur image la planète de demain, en concrétisant l’utopie d’un « village mondial » ou leurs valeurs se diffuseraient en utilisant le numérique, comme les États-Unis au XXe siècle ont su utiliser Hollywood pour diffuser une « American Way of Life ».

Bien des États sont tentés de résister en favorisant des concurrents nationaux ou régionaux et en créant un « Airbus du numérique » européen.

Ces tentatives sont vouées à l’échec.

Les investissements colossaux pour soutenir ces « start-up innovantes » ou créer des mastodontes industriels partiront en fumée : les start-ups seront rachetées par les GAFAM et les mastodontes ne pourront pas rattraper leur retard, car la coordination internationale est bien moins agile que le modèle des GAFAM, qui est en outre soutenu par la première puissance économique mondiale.

Notre seule et unique échappatoire – il serait prétentieux de parler, à ce stade, de solution – se trouve dans le développement et la valorisation des biens communs, c’est-à dire des ressources numériques créées, gérées et partagées par une communauté.

Le logiciel libre, en proposant des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, est un exemple de ces « communs numériques ».

Car le numérique est aussi le lieu d’un combat difficilement visible où s’affrontent d’un côté le monde de la consommation, de la concurrence, de la propriété (intellectuelle ou individuelle), et d’un autre côté celui de la contribution, de l’initiative collective, du faire ensemble, de l’autonomie et de l’émancipation, par le bien commun.

 

[ SOLUTIONS ]

Pour des alternatives libres

L’association Framasoft souhaite faire face à ces dangers menaçant nos vies numériques en proposant des services libres, éthiques, décentralisés et solidaires.

Elle a initié le projet « Dégooglisons Internet » – qui ne concerne d’ailleurs pas que Google – qui consiste à proposer des services alternatifs face à un maximum de services évalués comme menaçants pour nos vies numériques.

Google Docs, Skype, Dropbox, Facebook, Twitter, Google Agenda, Youtube, Doodle, Yahoo! Groups, et bien d’autres sont des services extrêmement pratiques, mais ils sont devenus bien trop gros et nous ont rendus dépendants.

Framasoft est entrée en résistance, et propose plus de trente services alternatifs à ceux des GAFAM. L’opération est un succès, puisque l’association accueille sur ses différents sites plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs chaque mois (particuliers, enseignants, élèves, associations, syndicats, partis politiques, entreprises, mouvements sociaux, etc.).

Ces services sont libres, gratuits, ouverts à tous (dans la limite de nos capacités techniques et financières), tels des biens communs numériques.

Afin d’essaimer sa démarche, l’association à récemment impulsé la création du collectif CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) regroupant plusieurs dizaines de structures, majoritairement associatives, ayant la même volonté de proposer un « internet de proximité, fait par des humains, pour des humains ». Le collectif partage en effet de nombreuses valeurs avec le milieu associatif et l’éducation populaire, sur lesquels il s’appuie.

Évidemment, le collectif n’a pas la prétention de concurrencer ces services, il souhaite « juste » proposer un espace numérique neutre, non-commercial et non-agressif envers ses utilisateurs, où le respect de leur vie privée sera assurée et protégée.

 


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