ÉCOTEMPS, un projet pour l’entraide et le partage

Par L’ÉchangeHeure

[ constat ]

Rompre l’isolement, lutter contre l’indifférence

Le système économique partage le temps des gens entre le travail pour gagner de l’argent, la consommation et les loisirs pour le dépenser. Il favorise l’égoïsme et le repli sur soi. Une ségrégation s’installe, en fonction des inégalités économiques et culturelles entre groupes sociaux et générations. La diversité des origines ethniques ajoute une autre dimension à cette ségrégation.
Cela peut être mis en évidence à travers quatre exemples :

  • L’isolement des personnes âgées ou handicapées. Selon le rapport de la Fondation de France sur les solitudes, en 2014, 27% des personnes âgées de plus de 75 ans sont en situation d’isolement relationnel. Il rend plus difficile la vie à domicile et rend trop souvent indispensable le recours à un établissement d’hébergement coûteux.
  • L’isolement des personnes en recherche d’emploi. Selon le même rapport, elles sont deux fois plus isolés que les personnes en emploi. Son coût est d’abord personnel et familial, et aussi pour la collectivité.
  • L’indifférence au maintien en bonne condition des biens communs et du cadre de vie. Il oblige les collectivités à recourir à des prestataires de service coûteux, alors que de simples gestes citoyens suffisent pour éviter de salir une cour d’immeuble, fleurir une rue, éviter qu’un équipement public ne se dégrade, …
  • L’isolement des personnes souffrant de troubles psychiques. Elles vivent souvent à l’écart de la société et sont victimes face à des stéréotypes.

Ces besoins affectent aussi bien le secteur de la santé (solitude, mal être, perte de repères…) que celui de l’économie (gaspillage d’énergie, perte de valeur sociale…). De plus avec le vieillissement de la population et la privatisation de la société ils seront de moins en moins bien satisfaits : l’entraide bénévole sera plus que jamais nécessaire.

[ ENJEUX ]

Bâtir le lien social grâce à l’entraide

Ces ségrégations amènent de nombreuses personnes à se retrouver seules ou à tout attendre de la collectivité publique sans pouvoir contribuer à la vie sociale. Le coût pour la collectivité est élevé. Des pans entiers de services nécessaires au bien-être des gens, en particulier des plus faibles, ne pourront pas être financés par les ressources d’une économie ralentie. Avec le nombre de sans-emploi que nous connaissons, beaucoup de gens ont du temps, mais pas d’argent. Ils sont souvent prêts à apporter une part de ce temps pour l’entraide ou pour l’entretien des biens communs. Cela leur permet aussi de redevenir actifs, de se préparer à un retour à l’emploi.

Le sentiment d’être utile et la sortie de l’isolement sont leurs premières motivations. Leur motivation est renforcée si on parvient à valoriser leur temps, dans un souci d’équité et de reconnaissance. Ainsi au Royaume Uni, où les banques du temps sont nombreuses, le potentiel de gains financiers dans le seul secteur de la santé a été évalué à 6% du budget annuel du système de santé1. Appliqué au budget de l’assurance maladie en France, ce pourcentage de 6% représente une somme de 12,6 milliards d’euros en 2015.

Mais il ne s’agit pas de préparer un possible désengagement de l’Etat. Il s’agit de reconnaître que les citoyens peuvent contribuer à l’entretien du « bien commun » pris au sens largeAu niveau local, il est possible de reconstituer le lien social qui s’est affaibli et de renforcer la qualité de vie au quotidien. Les associations ont du mal à se financer ? pourquoi ne pas faire partager les moyens et les compétences dont on dispose avec une autre entité ? (prêter un local, s’entraider pour le faire le budget ou pour l’informatique, animer une soirée, rechercher des fonds, …).

[ SOLUTIONS ]

ÉCOTEMPS, un projet pour l’entraide et le partage

 

Le pari d’ÉCOTEMPS est de parvenir à favoriser les échanges entre individus, développer l’entraide entre les associations, permettre à celles-ci d’aider leurs bénévoles, donner aux institutions la possibilité de s’impliquer dans ces échanges.

 

ÉCOTEMPS est un réseau local d’échanges de service et de savoirs sans argent.
Il y a autant d’ÉCOTEMPS que de territoires qui choisissent de le déployer.

L’utilisation d’une « monnaie temps » dans laquelle 1 heure = 1 heure nous place tous sur le même plan quel que soit le service échangé, les compétences ou les personnes.
Les habitants du territoire peuvent adhérer et échanger, mais aussi les associations. Une association peut mobiliser et remercier ses bénévoles par des crédits-temps en contrepartie de leur activité.

Pour utiliser la monnaie-temps, il suffit d’ouvrir un compte dans le réseau ÉCOTEMPS local, de rechercher des services et d’en proposer. L’échange est enregistré dans des comptes-temps, au débit pour celui qui reçoit et au crédit pour celui qui donne. Les heures ne peuvent jamais être échangées contre des euros.

Le concept d’échange sans argent, déjà pratiqué dans les Systèmes d’échanges locaux français (SEL) s’est développé à l’origine aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. ÉCOTEMPS est membre du réseau hOurworld (www.hourworld.org) qui comprend 650 banques du temps, 43 000 utilisateurs et plus de 2 millions d’heures échangées, et partenaire de Timebanking UK (300 banques du temps).

Un réseau ÉCOTEMPS est construit à l’initiative d’un noyau de quelques associations se constituant un collectif, qui veulent mieux réaliser leurs missions, renforcer l’engagement de leurs adhérents, tout en conservant leur identité et leurs spécificités. Ainsi en est-il d’ÉCOTEMPS Nanterre, lancé par quatre associations : La Soupe Aux Cailloux, Nouvelles Voies, Consommer et Échanger Autrement à Nanterre et L’ÉchangeHeure.

Le retour d’expérience d’ÉCOTEMPS Nanterre met en évidence une condition essentielle à la réussite d’une banque du temps : permettre une rencontre physique entre les membres pour créer la confiance et favoriser les échanges. C’est pourquoi l’équipe d’animation propose des permanences et des événements réguliers auxquels les membres participent, mais chacun peut aussi proposer des événements ou ateliers. Une plateforme informatique gratuite pour l’information et les échanges est accessible par un ordinateur, une tablette ou un téléphone.

Un réseau local ÉCOTEMPS suscite des rencontres et amène les gens à se poser les questions : « Quels sont mes talents ? Comment pourrais-je en faire profiter quelqu’un d’autre ? Quel service me serait utile, et qui pourrais-je rencontrer pour partager ses compétences avec moi ? ».

ÉCOTEMPS est un outil pour lutter contre le repli sur soi et la ségrégation sociale.

 

En savoir plus sur éCOTEMPS et L’échangeHeure

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  1. Cf. Give and Take. How timebanking is transforming healthcare. David Boyle and Sarah Bird. Novembre 2014.

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