Favoriser l’insertion professionnelle des jeunes

Par ASTREES

[ CONSTAT ]

Jeunesse : une insertion professionnelle difficile

Les difficultés que rencontrent les jeunes, depuis bientôt trente ans, à s’intégrer sur le marché du travail sont réelles : selon les travaux de France stratégie, le taux de chômage est de 24% en 2016 pour les moins de 25 ans, mais sur une population restreinte (la moitié des jeunes sont encore en études). 14% des 20–24 ans sont au chômage et, encore plus préoccupant, 15% des jeunes ne sont ni en emploi, ni au chômage, ni en formation.

Les jeunes peu qualifiés sont particulièrement vulnérables au chômage. Ils sont plus souvent que leurs aînés en contrat à durée limité et alternent fréquemment périodes d’emploi et de chômage.

De plus, un certain nombre de stéréotypes circule sur les jeunes : la génération « Y » serait moins engagée au travail, zappeuse, se défiant ou ignorant les institutions représentatives du personnel, et aurait des comportements d’incivilité au travail, pouvant aller jusqu’à l’abandon de poste comme on le voit dans certaines plateformes téléphoniques.

Questionner les jeunes vis-à-vis du travail et de l’entreprise, ce que s’est attaché à faire ASTREES dans le cadre du projet « Dessine-moi le travail », permet de mieux comprendre leur rapport au travail : eux-mêmes se sentent mal intégrés dans le monde du travail, éprouvent une angoisse à l’idée d’entrer dans une organisation pyramidale, et ont le sentiment qu’on ne leur donne pas leur chance.

C’est encore plus vrai chez les jeunes les moins qualifiés, et on peut nuancer les positions selon leur ancrage territorial, leur expérience : un apprenti, un étudiant, et un jeune en emploi durable n’ont pas les mêmes appréciations. Un point commun néanmoins : il n’y a pas moins d’engagement des jeunes par rapport au monde du travail que chez leurs aînés. En revanche, ils sont plus enclins à s’engager dans un travail faisant sens, donnant la possibilité de s’exprimer, et permettant d’évoluer dans des organisations moins hiérarchiques… qui quand elles existent, sont portées par les jeunes eux-mêmes.

On peut résumer leurs attentes de la façon suivante : évoluer dans une ambiance de travail agréable, faire quelque chose d’intéressant, dont on est fier et qui est utile aux autres, être reconnu et ne pas avoir le sentiment d’être un « pion ». La nécessité d’équilibrer vie privée et vie professionnelle est encore plus marquée chez les jeunes que chez leurs aînés.

Force est de reconnaître qu’ils ont une conscience syndicale très faible : les jeunes consultés par ASTREES n’ont pas spontanément parlé de l’activité syndicale. Ils sont attachés à avoir une expression dans un collectif de travail, mais pas nécessairement dans une organisation institutionnelle. Ils ont même parfois une vision négative des syndicats.

[ ENJEUX ]

Mieux préparer l’insertion dans le monde du travail

Principalement, cinq problématiques ont été soulignées par les jeunes eux-mêmes.

  • L’entrée dans le monde du travail devrait se préparer beaucoup plus en amont : faire rentrer l’entreprise et les métiers beaucoup plus tôt dans la formation initiale, sans pour autant précipiter les choix d’orientation et permettre de tester différents domaines.
  • Les collectifs au travail : tous s’accordent sur le fait que le manager doit être exemplaire et savoir décider, coordonner et animer un collectif ; il est attendu qu’il sache dresser des ponts entre générations, notamment par des dispositifs de tutorat ou de tutorat inversé.
  • La protection et les conditions de travail : en demande d’autonomie et de liberté, les jeunes interrogés soulignent néanmoins leur besoin de sécurité professionnelle, incarné par le CDI. Ils soulignent également l’importance de rééquilibrer vie professionnelle et vie privée, dont les frontières sont rendues beaucoup plus poreuses avec les outils numériques. En termes de rémunération, ils prônent qu’elle soit indexée sur les compétences du salarié et non sur le contenu du poste.
  • Le sens donné au travail : à l’unanimité, les jeunes consultés par ASTREES ont souligné la nécessité d’un travail porteur de sens et d’éthique, et donc être non seulement conforme à leurs valeurs et leurs convictions, mais aussi favoriser leur épanouissement personnel.
  • Des chances égales pour toutes et tous : la discrimination à l’embauche est également au cœur des débats des ateliers « Dessine-moi le travail ». Les jeunes ne sont pas convaincus par le CV anonyme et sont bien conscients que les quotas, notamment pour les personnes en situation de handicap ont leur limite, et ne peuvent être appliqués à « toutes les discriminations ». Aussi, ils souhaiteraient de la part des pouvoirs publics, un plus fort travail de sensibilisation auprès des recruteurs et dirigeants d’entreprises.

Ce qui ouvre de belles perspectives pour les entreprises de l’ESS, mais soulève également des enjeux pour les entreprises plus classiques, qui devraient engager une réflexion autour des thèmes suivants : reconnaître l’intérêt de consacrer du temps à des activités bénévoles, favoriser l’ »intrapreneuriat » social ou le mécénat de compétences et encourager le bénévolat de leurs collaborateurs.

L’appareil syndical quant à lui doit s’interroger sur sa capacité à répondre aux attentes des jeunes, qui ont tendance à les court-circuiter en cas de conflit, soit en s’organisant collectivement, soit en s’adressant directement à la direction. Pour faire évoluer la situation, ils appellent à renouveler et diversifier les formes du dialogue social, par exemple en instituant des forums d’expression libre et ouverte à tous les jeunes, quel que soit leur statut.

[ SOLUTIONS ]

Agir sur les représentations ?

Dans le cadre de « Dessine-moi le travail », ASTREES a expérimenté, puis déployé un dispositif de dialogue entre jeunes, employeurs et syndicats, qui permet de travailler les représentations sur le travail et sur les jeunes eux-mêmes. Près de 200 jeunes depuis le mois d’octobre 2016 ont participé à des ateliers qui sont autant d’espaces pour parler de leurs attentes réciproques, et penser ensemble les évolutions du travail.

 

© ASTREES

 

→ « dessine-moi le travail » : découvrir le rapport
→ « DESSINE-MOI LE TRAVAIL » : résultats de l’enquête en ligne

 

Pour les acteurs du monde de l’entreprise et syndical, c’est une façon de lutter contre les stéréotypes et de s’adapter aux attentes, contraintes et exigences de la jeune génération.

Cela aide également les accompagnateurs et les acteurs des centres de formation à mieux tenir compte des représentations qu’ont les jeunes d’eux-mêmes et du travail. Et à mieux comprendre les contraintes des entreprises.

Ces ateliers ont par ailleurs pour effet de redonner de la confiance aux jeunes qui y ont participé, ne serait-ce que parce que leur parole est écoutée et prise en compte.

En effet, ASTREES a fait remonter des propositions sur le travail (instituer des forums jeunes en milieu professionnel, conclure des pactes intergénérationnels en entreprises, expérimenter l’évaluation, le mangement et le monitoring inversés, repenser le dialogue social, …) tirées des ateliers.

Les Rencontres de l’engagement professionnel des jeunes organisées le jeudi 11 mai 2017 à la Halle Pajol par ASTREES, seront l’occasion de faire une première synthèse des propositions issues des ateliers, et de faire se rencontrer 100 jeunes et 100 salariés et dirigeants d’entreprises pour cette fois ci construire ensemble le travail de demain.


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