Les vacances comme espace de citoyenneté

Par Vacances ouvertes

[ CONSTAT ]

Les vacances, un marqueur discriminant bien plus fort qu’il n’y paraît

« Partir en vacances est un besoin important pour nos concitoyens, tant les vacances sont facteurs de bien-être et un marqueur de l’intégration sociale »1de plus « l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté. »2

Mais qu’en est-il effectivement ? Les sources statistiques montrent que 40 % des Français ne partent pas en vacances. 26 millions de personnes sont hors d’un objectif national et d’intégration sociale. Les plus touchés par ce phénomène sont les familles monoparentales, toutes personnes ayant un faible revenu et les jeunes de 16–30 ans qui voient leur capacité à partir en vacances d’autant plus réduite que leur niveau d’études est faible3.

La société des loisirs et des vacances est aujourd’hui un marqueur discriminant bien plus fort qu’il n’y paraît. Les non-partants s’interdisent cette possibilité, car pour une grande partie d’entre eux, ils ont le sentiment de ne pas être concernés. Sans emploi, aux minima sociaux, sans revenus, boursiers, parents isolés, aidants, déscolarisés, la liste est longue de ceux et celles qui ne pensent pas aux vacances et tout ce qui en découlent : mobilité, santé, échange, vivre ensemble, distanciation…

« Dans une société caractérisée par les transhumances estivales, la sédentarité s’inscrit dans un processus de relégation des plus pauvres ou de ceux qui ne peuvent suivre le train des mobilités et des adaptations de tous ordres que réclame, à un rythme toujours croissant, l’intégration à la société. »4

 

[ Enjeux ]

Reconnaître la dimension d’apprentissage des vacances

La citoyenneté se satisfait-elle de cette situation ? Car c’est bien de l’idéal républicain que nous parlons à travers le non-recours aux départs en vacances et du triptyque qui l’anime : liberté, égalité, fraternité.

Ces trois mots se retrouvent ou se perdent lorsque l’un des moteurs de l’identification à une société est en panne et génère de l’incompréhension. Combien de fois une association qui accompagne des familles où des jeunes n’a pas entendu dire « je n’y ai pas droit ! » et que d’autres n’évoquent pas « mais moi, j’ai réussi sans jamais partir en vacances donc pourquoi eux ». Combien de fois la liberté est touchée par le glaive séculier des préjugés !

Combien de fois l’égalité des droits n’est qu’une pensée éphémère dans l’esprit de ceux qui les édictent et les mettent en œuvre ? Combien de fois l’élan de la fraternité est coupé, car ne pouvant aller là où les frères et sœurs de la République se retrouvent. C’est bien en ceci que l’enjeu est majeur. Tout au long de la vie, les vacances font partie de cet apprentissage et de cette instruction nationale.

Nous touchons là le cœur du non vivre ensemble, nous touchons là l’égoïsme primaire d’une société qui considère que ce que vit l’un n’est pas bon pour tous.  Une société n’a pas vocation à laisser chacun se frayer une place, mais d’ouvrir un espace pour que chacun puisse s’y loger.

L’un des enjeux majeurs nous est démontré par Condorcet : « Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits …,  et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi. Tel doit être le premier but d’une instruction nationale et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice. »5

 

[ Solution ]

« Sac à dos », un dispositif pour construire ses vacances en autonomie

Si d’aucuns pouvaient s’imaginer que les associations ne focalisent pas leur attention sur ce sujet, rares sont ceux qui les identifient clairement, la question vacancière à travers le droit aux vacances et l’égal accès à la citoyenneté par l’application de la loi de lutte contre les exclusions. La construction citoyenne est au cœur de leurs problématiques et elles développent des outils qui permettent d’une manière simple d’aborder cette question complexe d’autant plus sensible pour les « 16–25 ans ».

De ce constat est né le dispositif « Sac à dos » destiné aux 16 à 25 ans, et mis à disposition des collectivités publiques par Vacances Ouvertes. Il permet à un jeune de construire son propre projet vacances, en petit groupe (max 6) et en autonomie (sans accompagnateur durant le séjour).

Le postulat de base est de travailler sur les vacances rêvées (liberté) à partir d’un accompagnement spécifique et d’une méthode précise et d’accroître ainsi l’estime de soi et le sentiment d’être « comme tout le monde ».  L’objectif du dispositif est de laisser le jeune acteur libre de ses choix afin qu’ils puissent les rationaliser. Un coup de pouce financier est intégré au dispositif. Les résultats sont probants : 95 % des projets se réalisent.

Pour chaque jeune, le temps des vacances est un temps de découvertes, d’un ailleurs et d’autres personnes. Des échanges se font, sur les réseaux sociaux, des relations se nouent et durent dans le temps (fraternité). Au retour d’un temps de vacances chacun a quelque chose a raconter, des anecdotes, des moments forts et des galères aussi ! Devenu, comme tout le monde, citoyen de la « cité » (au sens étymologique) chacun a le sentiment de faire partie du corps social.

Elles servent également le jeune à se réinterroger sur ses pratiques alimentaires, sur ses loisirs et ainsi d’aborder des éléments de prévention. Le dispositif permet de développer ou confirmer des compétences transférables, argumenter pour avoir une réservation, organiser un budget, faire valoir son option dans le groupe et enfin, le dispositif permet d’enclencher une communication entre collectivité et jeunes sur une base différente : la co-construction.

Les facettes du dispositif  » Sac à dos  » sont nombreuses et adaptées aux réalités de chaque territoire, mais elles ne peuvent se déployer que s’il  y a une volonté politique des élus locaux, soutenus par une stratégie nationale volontariste. Depuis 25 ans, Vacances Ouvertes, met en œuvre, déploie et accompagne ce dispositif avec réussite : plus de 51 000 jeunes ont pu en bénéficier.

En conclusion,  » il ne s’agit pas d’encourager l’oisiveté comme certain pourrait le croire, mais bien de (re) donner à chaque jeune un espace-temps qui lui appartient. Car c’est bien là que se joue le sentiment de liberté et de cohésion sociale. En vacances, on ne se contente pas de reposer le corps et les neurones, on reconstitue aussi des valeurs, des références communes « 6.

 

Découvrir l’article sur le dispositif « Sac à dos » paru dans le cahier spécial « Nous demain, la voie des associations » publié dans la revue We Demain n°17.

 

EN SAVOIR PLUS SUR vacances ouvertes

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  1. Le budget  vacances des français Credoc juillet 2016
  2. Art 140 Loi n° 98–657 du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre les exclusions
  3. Source : Enquête Pratiques culturelles des Français, 2008 – DEPS ministère de la Culture et de la ommunication
  4. Les familles sans départ Pierre Perier revue recherche et prévision 1997
  5. Rapport et projet de décret relatifs à l’organisation générale de l’instruction publique Présentation à l’Assemblée législative : 20 et 21 avril 1792
  6. Cent ans d’idées reçues sur les vacances l’express du 21–07–2013 propos  de Jean-Didier Urbain recueillis par Vincent Olivier

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