Mailler les emplois au service des territoires

Par le CRGE

(Centre de ressources pour les groupements d’employeurs)

 

[ CONSTAT ]

L’emploi en mutation

Les normes de l’emploi, en France, se voient aujourd’hui bousculées par d’importantes mutations socio-économiques et il nous est encore difficile d’imaginer quel sera le travail de demain ainsi que l’ensemble du modèle social qui lui sera attaché.

Si la norme française reste d’une part le CDI (71.15% des actifs) et le temps complet (80.9% des actifs), le travail à temps partiel a doublé ces vingt dernières années et continue de progresser. Parmi ces actifs à temps partiel, environ un tiers d’entre eux, soit 1 700 000, sont dans une situation de temps partiel subi et souhaitent travailler plus. L’accès à la formation notamment représente un enjeu majeur pour ces salariés.

Le chômage quant à lui demeure parmi les plus hauts d’Europe (10% des actifs) tandis que près de 60% des entreprises qui souhaitent recruter rencontrent des difficultés à pourvoir les postes qu’elles proposent. Que ce soit par manque d’expertise en matière de recrutement, absence d’attractivité ou du fait d’un décalage entre le besoin des entreprises et les profils postulants, ce sont près de 200 000 offres d’emploi qui ne sont pas pourvues chaque année. Dans certains cas, les entreprises abandonnent complétement le processus de recrutement face aux difficultés.

En parallèle, les aspirations des nouvelles générations d’actifs (entrepreneuriat, mobilité, bien-être au travail, etc.) traduisent une véritable rupture et annoncent l’accélération des nouvelles formes d’emplois.

 

[ ENJEUX ]

Accompagner et sécuriser les parcours professionnels

Dans ce contexte en forte évolution, il faut, d’une part, repenser l’organisation du travail afin de renforcer les parcours professionnels des salariés, notamment ceux en temps partiels subis. Il est primordial d’accompagner l’émergence des nouvelles formes d’emplois afin qu’elle ne se fasse pas au détriment des droits sociaux des salariés. Le devenir du Compte Personnel d’Activité (CPA) entre également en ligne de compte et pourrait être un outil d’appui à la gestion des droits sociaux et à leur transférabilité.

La résolution des problématiques liées à l’emploi entraînerait la résolution de nombreux autres problèmes qui minent bon nombre d’individus. Sécurité, civilité, confiance en soi, situation financière, etc.

Les parcours des salariés ne sont plus linéaires. Qu’elles soient choisies ou subies, ce sont différentes périodes de vie professionnelles qui se succèdent pour la plupart des actifs. Or à chaque étape, les statuts peuvent être différents tout comme les compétences développées. Il nous faut donc repenser la façon dont notre société gère les droits et sécurise les parcours de chaque actif afin d’assurer la continuité des trajectoires professionnelles.

D’autre part, il faut permettre aux entreprises d’accéder plus facilement aux compétences dont elles ont besoin pour conduire leurs activités. Il faut réussir à construire des emplois durables et qualitatifs à partir de besoins d’entreprises trop peu attractifs pour embaucher directement.

Ces problématiques d’accès aux compétences ne touchent pas que les entreprises. Les collectivités territoriales et le monde associatif, par exemple, rencontrent des difficultés similaires. C’est un véritable enjeu qui impacte les territoires, tant au niveau de l’offre de services, qu’au niveau de la capacité à proposer des emplois. Sans solutions concrètes en matière d’emploi, quelle attractivité, demain, pour les territoires, notamment les plus modestes ?

[ SOLUTIONS ]

Le groupement employeur : un outil pour l’emploi au service des territoires

Constitué principalement sous forme d’association loi 1901, le groupement d’employeurs est le seul outil de prêt de main d’œuvre à but non lucratif encadré par le code du travail. Il permet ainsi de façon légale à des employeurs de mutualiser des compétences qui leur font défaut quand ils souhaitent embaucher directement.

Il existe aujourd’hui près de 3 900 groupements d’employeurs (GE) agricoles et ruraux (22 000 ETP – 10 % de l’emploi salarié agricole se fait par un GE) et approximativement 1000 GE non agricoles, en majorité multi-sectoriels. La centaine de Groupements d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification (GEIQ) embauche des publics en difficulté et les met à disposition de ses entreprises adhérentes, en organisant une alternance entre apprentissages théoriques et situations de travail concrètes.

Depuis plusieurs années, les GE se développent fortement dans le secteur associatif (sport, culture, éducation populaire, etc.). Ils permettent dans une même structure de mailler des emplois, par exemple entre associations et collectivités, et participent à l’attractivité des territoires en maintenant des emplois sans alourdir les structures bénéficiaires.

Tout en travaillant au quotidien pour plusieurs entreprises, les salariés d’un GE bénéficient d’un employeur et d’un contrat de travail uniques, d’un salaire continu et d’une convention collective. Ils sont protégés et disposent d’un contrat sécurisant

Ils sont accompagnés par le GE tout au long de leur contrat de travail, ce qui facilite leur adaptation dans les différentes entreprises où ils interviennent. Ils disposent de possibilités accrues d’insertion professionnelle grâce à la diversité de leurs expériences professionnelles, ce qui entretient et augmente leur employabilité.

Travaillant dans les mêmes entreprises de manière répétée et pérenne, ils peuvent s’insérer dans le collectif de travail. La participation aux collectifs de représentation et de revendication s’exerce à l’intérieur du groupement au sein duquel ils bénéficient de droits auxquels ils n’auraient pas eu individuellement accès, en particulier pour les salariés des TPE.

Le groupement d’employeurs est désormais un dispositif qui a fait ses preuves. Il est possible de le développer sans se faire taxer de vouloir maintenir le travail précaire, c’est tout le contraire qui se passe. C’est en effet grâce à la compétence des salariés et à l’intelligence et la volonté des employeurs de construire des emplois de qualité que les GE parviennent à construire des collectifs qui sont les « briques de base » de l’économie et du social local et durable.

 

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