Des monnaies au service de l’économie locale

Par le Grain

[ CONSTAT ]

Un déficit de compréhension sur ce qu’est la monnaie

« L’argent est le dernier grand tabou. » C’est ce qu’affirme Bernard Lietaer1 en réponse à la question qu’il pose : « Pourquoi n’examinons-nous pas notre système monétaire ? »

Au regard des bouleversements économiques des dix dernières années, les raisons de le faire ne manquent pas. Pourtant, la plupart des gens ne savent pas comment est créée la monnaie. Pire, toujours selon Bernard Lietaer, aucune des différentes écoles économiques ne s’intéresse à la monnaie. Toutes la définissent pour ce qu’elle fait (réserve de valeur, moyen d’échange et unité de compte) et non pour ce qu’elle est.

En tant que moyen d’échange, toute monnaie ne fonctionne que si tous les participants ont confiance dans la stabilité de la valeur que représente une unité monétaire, et ont un accès suffisant à cette monnaie.

Or aujourd’hui, nos économies ne permettent pas à la population d’accéder à la masse monétaire nécessaire pour satisfaire l’ensemble de sa demande concernant l’instruction, la santé, l’accompagnement des personnes âgées… Le fait qu’il n’y ait pas assez d’argent est devenu une croyance commune, répétée régulièrement. Elle est pourtant erronée dans la mesure où l’argent n’existe pas en soi, mais est créé en fonction des besoins.

En effet, puisque l’argent est créé ex-nihilo par les banques, il ne devrait théoriquement jamais manquer. C’est sans compter sur le fait qu’il est condensé dans les sphères de la haute finance, dès lors qu’il est déposé sur un compte bancaire, et sert essentiellement à des activités spéculatives. Rappelons que seulement 2% de l’argent en circulation sert à l’économie réelle.2 

 

[ ENJEUX ]

Faire évoluer le paradigme de la monnaie

Ainsi, le système monétaire en vigueur est basé sur la dette, et si les banques ne prêtent pas, il n’y a pas d’émission de monnaie. Or qui dit dette dit intérêt dont le montant, lui, n’est pas créé.

D’où la nécessité d’aller le chercher chez quelqu’un d’autre. « Ne pas créer la monnaie pour payer l’intérêt est le dispositif utilisé pour générer la rareté qui permet à un système monétaire fondé sur les dettes envers les banques de fonctionner. Il force les gens à se faire concurrence pour obtenir un argent qui n’a jamais été créé et les pénalise par la faillite s’ils ne réussissent pas. »1

D’où la nécessité d’une croissance économique perpétuelle, avec les dégâts causés à l’environnement que cela suppose, les ressources de notre planète n’étant pas infinies. D’où également des conditions de travail dégradées, car plus on produit avec moins de personnes, plus on réalise de profit. D’où enfin la montée en puissance d’une société dans laquelle de moins en moins de gens ont de plus en plus d’argent et de plus en plus de gens en ont de moins en moins. Partout on assiste à une érosion des classes moyennes et l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de s’accentuer.

Le système de la monnaie unique et le monopole de sa création par la dette3, sont semblables à une monoculture dans le domaine agricole, avec les tares qui accompagnent une telle structure : instabilité et vulnérabilité. Certes il existe une autre façon de créer la monnaie, dénommée Quantitative Easing4, mais malheureusement dans ce cas la monnaie reste généralement cantonnée dans la sphère financière.

 

Reste à savoir dans quelle société nous souhaitons vivre. Sans changement du paradigme de la monnaie, aucune évolution favorable ne pourra se faire sentir dans le domaine économique.

 

[ SOLUTIONS ]

Les associations, moteurs du développement de monnaies locales complémentaires

« L’argent n’a pas d’odeur » dit le proverbe. Et il est vrai qu’un Euro peut acheter n’importe quoi, n’importe où sur la planète. Ce qui n’est pas le cas avec les monnaies locales complémentaires.

Ces dernières ont pour objectif de maintenir la monnaie dans l’économie réelle, locale et éthique. Elles sont adossées à la monnaie nationale et circulent entre des partenaires, des citoyens, des collectivités, des artisans, des agriculteurs, des entreprises, des commerces, des associations qui veulent retrouver la maîtrise de l’usage des moyens d’échanges et dynamiser le commerce local et l’économie réelle. Il en va des monnaies comme des écosystèmes : leur diversité garantit leur stabilité et leur résilience.

Les monnaies locales n’ont en aucune façon la prétention de remplacer la monnaie nationale car elles sont gagées par celle-ci. Elles sont seulement complémentaires à l’Euro. Leur fonctionnement particulier favorise les échanges locaux et permet de diminuer notre empreinte écologique. De plus, depuis le 31 Juillet 2014, elles sont reconnues par la loi sur l’Économie Sociale et Solidaire.

Le 3 septembre 2015, le Grain était la première monnaie locale complémentaire à être lancée sur le territoire normand. Son champ d’action est la région du Havre, autrement dénommée la Pointe de Caux.

© Le Grain

Le réseau compte désormais 800 utilisateurs dont 70 prestataires et plus de 30.000 Grains ont été émis en 2016.

Actuellement en France, il existe une quarantaine de monnaies locales en circulation, et autant de projets sont en cours de construction, alors que dans le monde, on en compte déjà plus de 5000.

Ce qui est intéressant de constater, c’est que la plupart des monnaies qui circulent sont issues du monde associatif et en tout état de cause, ce sont celles qui fonctionnent le mieux. Issues de la base, elles suivent en effet une logique ascendante.

Le Grain fait partie du réseau national des monnaies locales qui, en ce sens, a décidé lors des rencontres de l’an dernier d’ajouter une composante à notre dénomination. On parle désormais des Monnaies Locales Complémentaires et Citoyennes.

EN SAVOIR PLUS SUR LE GRAIN

Télécharger la contribution au format PDF


  1. http://www.lietaer.com/ – https://vimeo.com/29287225 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lietaer
  2. http://www.les-crises.fr/deconnexion-eco-financiere/ 
  3. https://fr.scribd.com/document/329775511/La-creation-monetaire-dans-l-economie-moderne-Banque-Centrale-d-Angleterre
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif – http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/assouplissement-quantitatif-la-bce-dans-le-labyrinthe-515507.html

Un commentaire Ajoutez le votre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *