Pauvreté et inégalités : deux questions inséparables

Par le Collectif Alerte

[ constat ]

Pauvreté matérielle et exclusion de la vie sociale

La pauvreté matérielle, c’est-à-dire l’impossibilité de faire face aux dépenses essentielles, touche aujourd’hui plus de 8 millions de personnes en France, soit 14,2 % de la population. Mais ce chiffre est calculé en ne prenant en compte que le montant des revenus perçus. Il ne fait pas apparaître toutes les situations de grande difficulté psychique, familiale, géographique ou de handicap qui provoquent des situations d’exclusion de la vie sociale.

 

Parmi ces 8 millions de personnes, il y a plus de 3 millions d’enfants, dans des familles mono-parentales le plus souvent.

 

Les femmes, chefs de famille dans 9 cas sur 10, occupent majoritairement des emplois à temps partiel. Ceci s’explique par l’impossibilité, pour elles, d’assurer en même temps un emploi à plein temps et la totalité des charges familiales.
Une autre grande partie des personnes en situation de pauvreté est constituée par des personnes âgées, très souvent seules et disposant de petites retraites. Là encore, ce sont majoritairement des femmes qui souffrent de l’isolement.
Enfin, cette pauvreté est concentrée dans des quartiers et des zones géographiques assez facilement identifiables, en particulier celles atteintes par la désindustrialisation.

[ ENJEUX ]

Éradiquer les causes de la pauvreté

Il ne s’agit pas seulement d’aider les personnes en difficultés, mais d’éradiquer les causes de la pauvreté.

Or les politiques mises en œuvre au cours des dix dernières années, avaient d’abord pour but de stabiliser, voire de diminuer un peu, le taux de pauvreté, non de changer radicalement l’approche de cette question. Pendant la durée du Plan national pluriannuel contre la pauvreté et l’exclusion, le taux de pauvreté qui avait beaucoup augmenté les cinq années précédentes s’est stabilisé. Il est probable que le Plan en soit un peu responsable.

Mais cette approche demeure insuffisante. Sous la pression des associations et en particulier de deux collectifs, Alerte et le Collectif des associations unies (CAU), qui regroupent les principaux acteurs associatifs de la lutte contre l’exclusion et pour le logement, des actions plus structurantes ont été menées. Elles portaient sur l’accélération de la construction de logements très sociaux pour que les personnes sortent d’hébergements précaires, sur la relance vigoureuse de la formation pour les personnes en chômage de longue durée ou à très faible niveau de formation initiale et sur la construction de crèches, en particulier de crèches d’insertion pour améliorer la situation de femmes seules avec de jeunes enfants, seul moyen pour elles de trouver un emploi stable et durable. Cependant, ces mesures ont connu de substantiels retards dans leur mise en œuvre. En effet, les mesures retenues du Plan National portent essentiellement sur les revenus des personnes.

Par contre, la réforme des minimas sociaux, que réclament les associations, va dans le sens d’un véritable changement de fond. Une simplification et une unification doivent permettre que le non-recours, privant de nombreuses personnes des ressources auxquelles elles ont droit, diminue sensiblement. Il est aujourd’hui de 40% environ. La fusion du RSA et de la prime pour l’emploi dans la prime d’activité a donné lieu à un profond changement dans les pratiques administratives. Elle a permis d’augmenter sensiblement le nombre de bénéficiaires et de faire progresser dans l’accès au numérique des personnes en difficulté face à ces nouveaux outils. De même, le compte personnel d’activité permet de mieux garantir l’accès à la formation. Encore faut-il que les chômeurs de longue durée y aient effectivement accès grâce à un abondement spécifique.

[ solutions ]

Lutter contre les inégalités

 

Le vrai enjeu pour éradiquer la pauvreté est la lutte contre les inégalités. Qu’il s’agisse de l’accès à l’éducation, à la culture, à l’emploi, au logement, à la santé ou de l’accès aux droits, avec la numérisation croissante des démarches, les inégalités se retrouvent à tous les moments de la vie quotidienne.

 

Les associations de lutte pour l’inclusion sociale ont une double responsabilité : faire face aux demandes immédiates d’aide matérielle ou financière, permettre aux personnes qu’elles accompagnent de trouver un lieu d’écoute et d’accompagnement que les structures à gestion publique ne peuvent pas offrir, notamment dans l’accès aux droits. Or la fonction d’accompagnement et d’écoute débouche inéluctablement sur la nécessité d’une action institutionnelle afin que les situations d’inégalités d’accès vécues par les personnes puissent évoluer.

Les associations luttent contre les causes de la pauvreté par l’interpellation et la proposition.
Les actions pour le logement et l’hébergement se trouvent renforcées lorsque, à l’initiative d’associations, des occupations de logements vacants ont lieu. Les maraudes permettent de réclamer plus d’hébergements d’urgence. Le rapport annuel du Secours Catholique, fondé sur l’observation d’une centaine de milliers de situations vécues, rappelle chaque année aux pouvoirs publics leurs responsabilités et combat ainsi « l’invisibilité » des personnes en difficulté. C’est l’action des associations, sur le terrain, dans les médias et les ministères, qui a permis que des solutions plus durables soient offertes aux migrants de Calais. C’est enfin par diverses expérimentations (Territoire zéro chômeurs1, TAPAJ2, Première heure3, EPIDA4) que la question de l’accès à l’emploi pour les personnes qui en sont les plus éloignées peut trouver des voies nouvelles.

 

En savoir plus sur le collectif Alerte

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  1. Territoire zéro chômeurs (Projet ATD Quart Monde pour éradiquer le chômage de longue durée)
  2. TAPAJ : Travail Alternatif Payé à la Journée (Programme de pré-employabilité expérimenté au Québec et transféré en France en 2014)
  3. « dispositif visant à permettre aux personnes en situation d’exclusion de reprendre une activité professionnelle à un rythme progressif, et surtout ajusté aux capacités et aux difficultés de chacun »
  4. EPIDA : Parcours d’Insertion à Durées Adaptées (Secours Catholique, Rhône-Alpes, depuis 2011)

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