Petite enfance : vers un service personnalisé, pour et par les familles

Par Familles de France

[ constat ]

Une offre de services aujourd’hui insuffisante

Plus de la moitié des enfants de moins de trois ans sont accueillis dans un mode de garde formel : soit en établissement d’accueil du jeune enfant (crèches, micro-crèches, haltes garderies…) soit en garde individuelle (assistant-e maternel-le, salarié-e à domicile).

Le bilan de la politique petite enfance aujourd’hui affiche des résultats encore loin des objectifs : le Haut conseil de la famille et l’Observatoire national de la petite enfance constatent en effet1 que la création annuelle de places en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) se situe autour de 10 000, que l’accueil individuel est plutôt en baisse et que l’accueil en maternelle demeure en dessous des attentes.

Pourtant, la convention d’objectifs et de gestion signée entre l’État et la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) ambitionnait, pour la période 2013–2017, la création de 275 000 places (100 000 en accueil collectif, 100 000 en individuel et 75 000 en accueil préscolaire en maternelle) pour répondre à la dynamique démographique et aux attentes des parents.

L’analyse détaillée laisse apparaître de fortes disparités territoriales : en 2010, seules 12% des communes disposaient d’au moins un EAJE. Des chiffres qui répondent pour partie aux besoins (ces communes recensent effectivement 72% des naissances, et plus la commune est grande mieux elle est dotée) mais qui montrent aussi des inégalités dans la mobilisation des acteurs locaux ou des moyens dont ils disposent. Les collectivités territoriales sont aussi les principaux opérateurs de services, suivies des associations qui représentent environ le tiers des gestionnaires des structures d’accueil du jeune enfant.

Quand les parents travaillent, l’accès aux modes de garde est une nécessité. Mais l’accès au travail des femmes évolue sensiblement en fonction de la configuration familiale : 47% des enfants de moins de trois ans dont les parents vivent en couple ont un parent qui ne travaille pas, et sept fois sur dix il s’agit de la mère.  Même quand le couple est bi-actif, c’est à la mère qu’il revient encore souvent d’arbitrer vie familiale et vie professionnelle : le taux d’activité des femmes de 25–49 ans est élevé (plus de 80%) mais demeure en deçà de celui des hommes de 10 points environ.

Bien que la petite enfance ne soit pas un service public en tant que tel, le secteur reste fortement régulé : autorisation d’ouverture d’établissement, agrément des assistant-e-s maternel-le-s, barèmes et tarifs en fonction des revenus des parents, prestations et fiscalité pour l’accès aux modes de garde. Au-delà de l’offre territoriale disponible, les parents de jeunes enfants ne sont pas non plus égaux financièrement : pour les familles les plus modestes l’accueil collectif coûte deux fois moins cher qu’un.e assitant.e marternel.le, et sept fois moins qu’une garde à domicile.

 

[ ENJEUX ]

Réglementation lourde, restrictions budgétaires : comment parvenir à répondre de manière adaptée aux différents besoins des familles ?

La politique de la petite enfance répond à de multiples objectifs : conciliation vie familiale-vie professionnelle, développement et épanouissement de l’enfant, égalité hommes-femmes, insertion et lutte contre les inégalités sociales. Comment répondre à tous ces objectifs, tout en respectant le libre choix des parents quant au mode de garde de leur enfant ?

Les structures d’accueil elles-mêmes ont à répondre à des objectifs plus spécifiques pour favoriser l’égal accès de tous les enfants : places réservées pour les enfants en situation de pauvreté, pour les parents demandeurs d’emploi, pour les enfants souffrant de handicap, pour les familles monoparentales… Car l’accueil de la petite enfance doit répondre à une multiplicité de situations familiales. Dans un secteur dont la réglementation reste complexe et lourde, les services ont-ils encore suffisamment de souplesse pour répondre aux besoins ?

Les collectivités locales font aujourd’hui face à d’importantes restrictions budgétaires. Les communes ces dernières années ont aussi dû répondre à d’autres priorités, et notamment aux nouveaux besoins issus de la réforme de rythmes scolaires.

Une situation qui a conduit à un désengagement des pouvoirs publics locaux sur le secteur de la petite enfance et qui a profité aux opérateurs privés à but lucratif. La conséquence : l’associatif perd du terrain, et la garde d’enfant devient un produit « marchand ».

Dans ce contexte les associations, reconnues pour leur capacité à anticiper et répondre aux demandes sociales, sont-elles suffisamment entendues ?

 

[ solutions ]

Le monde associatif vecteur de solutions à la fois globales et personnalisées

D’un point de vue historique, le mouvement associatif a toujours eu un rôle pionner dans le développement des services de la petite enfance : micro-crèches, accueils itinérants, crèches parentales, accompagnement à la parentalité… Afin de conserver cette identité les associations ont, pour les prochaines années, des enjeux stratégiques :

  • maintenir la capacité financière à être gestionnaire de service dans un milieu qui devient extrêmement compétitif (montée en charge du secteur privé lucratif) ;
  • défendre le modèle associatif de gestion de service, centré sur les bénévoles et les parents dans un secteur qui a connu ces dernières années une forte professionnalisation ;
  • innover par la création de nouveaux services face aux nombreux besoins qui restent à couvrir (sous-représentation des familles les plus modestes dans l’accueil individuel, ouverture de services pour les parents qui travaillent en horaires atypiques, couverture des territoires où les acteurs publics et privés n’investissent pas)

Le réseau Familles de France est porteur d’initiatives de terrain dans soixante-quinze départements en France.

 

Voici notamment des associations qui agissent :

AGF 67 : un éventail de services coordonnés

Une couverture territoriale globale sur le Bas-Rhin, où tous les modèles d’établissements sont proposés : crèche parentale, halte-garderie, micro-crèche, multi-accueil, relais d’assistantes maternelles…

En savoir plus

Fédération départementale de Moselle : renforcer l’inclusion des parents

Une gouvernance participative avec les parents au sein du Cogeham (Comité de gestion des haltes garderies associatives de l’agglomération messine) : le conseil des parents créé en 2014

En savoir plus : site internet, page Facebook

© Cogeham – Familles de France

 

Associations familiales de Déville-lès-Rouen (76) et de Caissargues (30) : le bénévolat, source de services complémentaires et ouverts à tous

Des interventions bénévoles et du soutien à la parentalité au sein des établissements : la Papothèque (lieu d’accueil enfant-parent), les séances d’information et de prévention au multi-accueil Pomme d’Api.

En savoir plus sur la Papothèque (76) et sur le multi-accueil Pomme d’Api (30)

 

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  1. Rapport du Haut Conseil de la Famille Point sur le développement de l’accueil des jeunes enfants – Septembre 2015

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