Pour une protection sociale solidaire

Par le Collectif pour une protection sociale solidaire

Collectif composé d’AequitaZ, du Secours Catholique et de la Fédération des Centres Sociaux de France

 

[ constat ]

Une vulnérabilité peut en cacher une autre

De l’enfance à la mort, nous traversons tous des situations de vulnérabilités. Celles-ci peuvent être permanentes (le handicap), temporaire (le chômage), heureuses (l’arrivée d’un enfant) ou malheureuses (la maladie). On peut faire face à cette vulnérabilité par une redistribution de revenu mais aussi par du soin (care) qu’il soit médical ou sous forme d’entraide, de lien social. La dimension publique de la protection sociale est connue et comptée périodiquement1 .

La protection sociale vise à faire face ensemble à ces défis. En France, le système est développé mais comporte son lot de problèmes.

1. Le système actuel ne permet pas de protéger une partie de la population.
Il n’arrive pas à compenser les inégalités sociales dont il hérite2 : des inégalités de genre qui touchent les femmes, des inégalités entre territoires avec des déserts médicaux, des inégalités entre générations avec les galères incroyables vécues par de nombreux jeunes, des inégalités engendrées par le marché du travail pour ceux et celles qui vivent entre le chômage et un emploi précaire. En dissociant les assurances sociales et l’assistance, la protection sociale contribue à dualiser la vie sociale et à créer des formes de ressentiment de chaque côté du fossé social.

2. La protection sociale actuelle se limite à une conception étroite, marchande et surtout datée de nos vies.
La contribution à la richesse sociale se limite à un emploi ; le soutien se limite trop souvent à du revenu en décourageant des formes d’entraide (pas de colocation pour les gens au RSA par exemple) ; des transactions administratives qui se limitent à une relation de guichet et comporte son lot de honte et de souffrance pour les personnes et pour les agents ; des difficultés à prévoir en cas de déménagement, de divorce, de changement de boulot… Bref, les cases de la protection sociale ne correspondent plus à nos vies.

3. La protection sociale n’est plus considérée dans sa dimension démocratique.
Progressivement, le projet égalitaire de citoyenneté sociale a mué en labyrinthe administratif et en débats gestionnaires sur « le trou de la sécu ». Le discours politique se limite à une amélioration de la gestion financière et à des réformes paramétriques. Les conseils d’administration de la Sécurité sociale ont été vidés de leur pouvoir3. On a multiplié les acronymes. Du coup, le débat public caricature les enjeux, certains dénonçant de mythiques « profiteurs » qui seraient paradoxalement en bas de l’échelle sociale quand d’autres valorisent les seuls effets économiques de soutien à la consommation.

 

[ ENJEUX ]

Organiser la protection sociale comme un bien commun

Pour viser une protection sociale plus solidaire, nous devons affirmer la dimension politique de la protection sociale, l’organiser comme un bien commun et articuler l’universel et le contributif.

Primo, la raison d’être de la protection sociale est politique. À ce titre, elle n’a pas de prix mais de la valeur. La protection sociale repose sur l’idée simple que face aux divisions engendrées par le capitalisme et les replis identitaires, on doit partager et s’entraider pour vivre en paix. La protection sociale s’attache à créer des formes d’égalité et de fraternité entre des citoyens inégaux à la naissance et au cours de leur vie. La mémoire collective a conservé d’ailleurs les avancées de la protection sociale liées à la guerre comme la protection des veuves et des orphelins après la première guerre mondiale ou la création de la sécurité sociale après la seconde. La protection sociale n’est pas un palliatif en direction des personnes pauvres mais nous concerne toutes et tous. Elle doit être réinvestie comme un des lieux de notre démocratie ce qui suppose des transformations de son mode de gouvernance qui est aujourd’hui technocratique et éloigné des citoyens. C’est notre destin comme nation qui est en jeu.

Secundo, la protection sociale devrait être organisée comme un bien commun qui comprenne une partie importante de notre revenu (un tiers du PIB actuellement). Il faut absolument éviter de marchandiser ou remarchandiser des biens et services qui n’en sont pas (le care, la connaissance, la famille, l’hôpital…) mais il s’agit aussi de développer des échanges sous la forme d’entraide, de coopération, de solidarités locales… La protection sociale doit couvrir à la fois une éthique des droits (services publics, revenus) et une éthique des liens (coopération et d’entraide).

Tertio, la protection sociale doit articuler une logique de droits universels attachées aux personnes et une logique contributive pour des activités qui dépassent le seul emploi salarié. Les premiers pourraient recouvrir l’accès à des soins médicaux et infirmiers ou bien une garantie de revenu permettant de vivre dignement. Tandis que les seconds permettraient de développer la reconnaissance sociale pour des activités nécessaires à notre vie en société : le volontariat, le bénévolat, l’entraide, l’engagement civique et politique, le travail domestique… Cela suppose de sortir de la dichotomie qui oppose assistance pour ceux qui ont besoin et assurance pour ceux qui ont cotisé dans le cadre d’un statut professionnel.

 

[ solutionS ]

Les apports du monde associatif : agir, éclairer, alerter

Dans ce contexte, le monde associatif doit bien entendu expérimenter de nouvelles formes de protection sociale fondée sur le lien social, l’attention à l’autre et le développement du pouvoir d’agir des personnes concernées par les vulnérabilités. Les monnaies locales, les épiceries sociales, les accorderies, le soutien aux aidants, les collectifs de chômeurs, les jardins partagés…sont autant d’exemples qui font leurs preuves à l’échelon local comme national.

Si agir concrètement est nécessaire, débattre démocratiquement l’est tout autant. Le monde associatif ne doit pas se cantonner à un rôle d’opérateur. Penser avec les gens à partir de leur expérience, qu’elle soit ancrée dans la précarité, dans la maladie, dans la vieillesse, dans l’errance mais aussi l’expérience de vie, l’expérience de citoyen qui nous fonde comme humain. Puis croiser ces savoirs avec d’autres, avec des savants, avec des militants, avec des décideurs. Le carrefour de savoir sur la protection sociale est l’une des réponses à cet enjeu. C’est la condition d’émergence d’actions construites et menées en commun, de façon éclairée, responsable et décloisonnée.

Enfin, le monde associatif doit aussi plaider pour des transformations justes auprès des pouvoirs publics comme de l’opinion publique. Le silence cautionne les inégalités et la souffrance. Il contribue aussi à laisser la place aux déclinistes et aux intrigants. C’est la condition sine qua non d’une société plus juste et d’une protection plus solidaire.

 

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  1. DREES, La protection sociale en France et en Europe en 2014, 2016,
  2. Louis MAURIN, Protection sociale : pourquoi les plus riches touchent trois fois plus que les plus pauvres, consulté le 20 juillet 2015.
  3. Bruno PALIER, Gouverner la sécurité sociale : Les réformes du système français de protection sociale depuis 1945, Paris, Presses Universitaires de France – PUF, 2005

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