Redonner du sens à l’agriculture et à l’alimentation

Par Miramap


Mouvement inter régional des AMAP

 

[ constat ]

État des lieux

L’inquiétude grandit devant l’insécurité et le gaspillage alimentaires, les impératifs écologiques, la déperdition des agricultures paysannes au profit d’agricultures productivistes, la forte pression foncière sur les terres agricoles, l’hégémonie de la grande distribution et les inégalités alimentaires ici et ailleurs. L’engouement pour les produits issus de l’agriculture biologique et paysanne et le développement des circuits courts, en particulier des AMAP1 , sont la preuve que les consommateurs sont disposés à faire évoluer leurs comportements alimentaires, et ce, bien au-delà d’un effet de mode ou d’une niche.

Aujourd’hui éduquer et sensibiliser la population à se nourrir de manière plus équilibrée est une priorité ; améliorer la qualité de cette alimentation en est une autre : les techniques de l’agriculture intensive mises en œuvre depuis soixante ans ont vidé les sols de leurs micro-organismes nécessaires à la production des nutriments.…

Pourtant l’industrialisation de l’agriculture s’intensifie toujours, au détriment des écosystèmes, de la biodiversité, de la qualité nutritionnelle, et du tissu social agricole. L’agriculture industrielle se maintient sous perfusion de deniers publics et d’intrants chimiques, et accentue ses dépendances à la pétrochimie.

 

[ ENJEUX ]

C’est la survie de l’humanité qui est en jeu !2

La production agricole doit répondre à des besoins alimentaires. L’enjeu de l’agriculture est de nourrir le monde, mais pas n’importe comment avec n’importe quoi :

  • Produire des aliments sains pour que les humains soient en bonne santé nécessite des pratiques agroécologiques3 , paysannes et biologiques, ainsi que de favoriser une distribution locale de la production et dynamiser l’économie locale pour des territoires vivants.
  • Nourrir les 7,5 milliards d’habitants de la planète, lutter contre la pauvreté Nous savons aujourd’hui que l’agriculture biologique peut nourrir l’humanité. Derrière la question de la nourriture et de la souveraineté alimentaire, se pose aussi la question de la pauvreté : quelle est la part du mode de production agro-industriel dans l’augmentation actuelle de la pauvreté ?
  • Créer du travail et de l’emploi : aujourd’hui, les exemples de paysans qui retrouvent une qualité de travail et de vie en se convertissant au bio et aux circuits courts sont de plus en plus nombreux. Par ailleurs, les modèles d’agriculture alternatifs sont créateurs d’emplois.

 

[ solutions ]

Comment agir ? Quelques actions du Miramap4 et de ses partenaires

L’intérêt collectif voudrait que ces formes nouvelles d’agriculture soient soutenues par les politiques publiques, ce qui est loin d’être le cas… Néanmoins de nombreuses actions visent à faire bouger les lignes :

Les AMAP rapprochant paysans et consommateurs sont nées en France il y a une quinzaine d’années. Ce sont des alternatives concrètes basées sur une conception de partage visant une transformation sociale et écologique de l’agriculture et de notre rapport à l’alimentation. On compte plus de 2 000 AMAP en France aujourd’hui, qui rassemblent au moins 250 000 citoyens et 4 000 paysans. Le chiffre d’affaires généré par la production en AMAP avoisine les 250 millions d’€. Les réseaux d’AMAP assurent la cohérence autour d’une éthique commune, organisent l’essaimage, apportent une mutualisation des réflexions et des expériences et permettent la représentation et la mise en valeur des AMAP.

Sensibiliser et relier avec l’agriculture citoyenne au cœur d’un nouveau projet de société pour co-construire une réelle démocratie alimentaire, agricole et territoriale vivante et solidaire, en s’alliant aussi avec des réseaux de la société civile autres qu’agricoles, comme des acteurs de la santé, de l’éducation populaire, de l’enseignement, le mouvement des Communs…

Deux campagnes de mobilisations citoyennes et de plaidoyer en lien avec les élections 2017 :

  • « Agriculture et alimentation : produire à quel prix, manger à quel prix ? » , à l’initiative de la Confédération paysanne ;
  • « Nous mangeons, nous produisons, nous décidons! » , portée par le Miramap.

Deux événements de portée nationale et internationale ont eu lieu fin octobre 2016 :

  • les RNDA (Rencontres nationales des agricultures) à Tours (37), portées par InPACT ;
  • le Forum Nyéléni-Europe (mouvement de la souveraineté alimentaire) en Roumanie, porté par la Via Campesina.

Capitaliser, mutualiser, développer des outils :

  • Au niveau des AMAP : espace ressource et logiciel de gestion des AMAP ; chantier de partage d’expériences.
  • Avec ou par nos partenaires : soutien à l’installation progressive en agriculture avec les espaces-test (regroupés au sein du RENETA) ; BD « L’agriculture paysanne expliquée aux urbains » ; guide pour soutenir la transmission « Des idées pour transmettre sa ferme » et guide pour soutenir l’installation « S’installer, et après ? Réflexions paysannes pour durer » (réalisés par InPACT) …

Quelques combats essentiels à soutenir :

  • Réévaluer les systèmes de production et les politiques publiques en agriculture
  • « Plaidoyer pour une souveraineté technologique des paysans » : favoriser l’autonomie des paysans par la réappropriation des savoirs et savoir-faire autour de l’outil de production.
  • Décloisonner : il n’y a pas de politique alimentaire possible non reliée à la politique agricole, mais aussi à celle de la santé, de l’éducation, sociale, énergétique, commerciale et au modèle économique…
  • Participer aux décisions pour les premiers concernés, les mangeurs et les paysans, en matière agricole, alimentaire et d’aménagement du territoire, ou encore de développement économique, au niveau national, régional et local ; par exemple par la création de Conseils citoyens de l’agriculture et de l’alimentation.
  • Protéger les paysans du monde avec la « Déclaration des droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales », qui aura par ailleurs un impact direct sur la réalisation d’un des droits les plus fondamentaux de la vie de chacun, le droit à une alimentation adéquate.

 

Va-t-on réussir à avancer collectivement vers un changement de paradigme global ? Va-t-on enfin sortir de ce système de mépris et d’exploitation de tous contre tous, et de tous contre la nature ? Est-ce que nos petites actions pour défricher l’horizon vers un autre monde suffiront ?

« Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la conviction » (Gramsci).

 

En savoir plus sur Miramap

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  1. Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne
  2. Lire : « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » de Pablo Servigne & Raphaël Stevens Ed du Seuil
  3. L’agroécologie est à la fois une discipline scientifique (recherche), un mouvement (les sans-terre au Brésil par exemple) et une pratique (techniques agricoles). L’agroécologie ne peut être que paysanne : http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2908
  4. Le Miramap (Mouvement Inter Régional des AMAP) a été fondé en 2009 pour consolider la cohésion du mouvement au niveau national et gagner en visibilité, rassemble réseaux d’AMAP, AMAP, paysan-ne-s et amapien-ne-s.

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