Rendre les jeunes acteurs de leur parcours

Par d’Écouves Verte

[ CONSTAT ] 

Une jeunesse en proie à des perspectives fermées

Mettons-nous à la place d’un jeune « lambda », 14/22 ans, que voit-on ? La voie royale instruction, formation, métier, carrière désormais impossible, le système actuel ne pouvant plus assurer la sécurisation de ce parcours. A la place, il propose précarité, mobilité géographique, adaptation professionnelle permanente, intérim, formations, recyclage… et en définitive chômage et permanente recherche d’emploi.

Par ailleurs, où trouver un espace d’expression permettant de contribuer à la vie citoyenne autrement qu’en rentrant dans des modèles conçus et gérés par des adultes. Comment trouver sa place dans un contexte où l’individu n’est pas considéré en tant que personne porteuse d’un projet mais comme un potentiel producteur économique et consommateur au service du système ?

De ce constat émerge un sentiment d’exclusion, d’obligation d’entrer dans une pensée pré-formalisée ne permettant pas l’innovation, de perte de pouvoir démocratique de l’individu et finalement de désespérance par l’impossibilité de construire sa propre voie. Ne serait-ce pas ce qui mène aux situations extrêmes que sont les atteintes aux personnes, les conduites addictives, la radicalisation et l’engagement dans des groupes où ne s’expriment que les ressentiments,  la haine et la violence ?

Beaucoup ont ainsi le sentiment que le système actuel propose de réussir au détriment de l’autre, en étant meilleur, plus fort, plus débrouillard voire plus malhonnête (cf  les affaires) ce qui n’est pas particulièrement motivant comme projet de société et surtout pas viable pour la majorité des personnes.

[ ENJEUX ET SOLUTIONS ]

Permettre aux jeunes de se construire par leurs projets

L’objectif que poursuit l’association D’Ecouves Verte, association d’Education Populaire en milieu rural, c’est de doter les jeunes (ados et jeunes adultes) des outils leur permettant de se confronter de façon dynamique à ce contexte, non  pas en le subissant mais en le bousculant par leur créativité, leur parole, leur engagement.

 

une boîte à outils pour faire émerger et porter les projets

Pour ce faire nous avons voulu apporter une vision optimiste de l’avenir où ils peuvent construire et se construire à travers la réalisation  coordonnée de leur projet social et de leur projet personnel.

Peu à peu un concept s’est élaboré au fil des expériences menées auprès d’une dizaine de générations de jeunes (13/25 ans) depuis 25 ans, qui définit une « méthodologie de l’accompagnement de projets jeunes » dont les principes ont été formalisés au sein d’une « boîte à outils ».

Les grandes lignes de ce concept : mettre à disposition des jeunes un espace d’expression et d’action leur permettant de faire émerger leurs projets, de les concevoir collectivement, d’œuvrer ensemble à leur préparation en y trouvant la place correspondant à leurs aspirations, compétences et capacités d’investissement, d’autogérer la réalisation en y assurant à la fois la logistique, l’animation et la régulation, et de conscientiser leur vécu et leurs acquisitions à travers la mémorisation et la valorisation de leur action.

Au cours de ce « chemin projet »,  les jeunes créent un micro système social comprenant un apprentissage pratique de la vie démocratique (cf Edgar Morin « la démopraxis »), ils acquièrent les savoir, savoir-faire et savoir être indispensables à leur émancipation à travers notamment la capacité transférable à élaborer et conduire un projet dans un contexte collectif et une compréhension de leur contexte de vie que ce soit à dimension locale et internationale par l’encouragement à la mobilité.

Le processus s’engage en général sur trois années pour un même « groupe de projet » à l’issue desquelles on constate  le développement de leur capacité :

  • au « vouloir agir » : s’engager, donner du sens à son action
  • au « savoir agir »: élaborer et suivre un plan d’action vers un résultat
  • au « pouvoir agir » : rassembler les moyens humains, techniques, financiers nécessaires à l’action.

 

une myriade de projets portés par les jeunes

Résultats,  la première génération a créé sa propre association qui contribue à l’animation du territoire d’Ecouves. Un groupe a créé et anime « la baladeuse » une caravane qui se déplace de lycées en festivals pour sensibiliser les jeunes à la mobilité internationale, un autre gère le « festi bahut » tremplin musical pour les jeunes lycéens.Ils sont en service civique ou en  service volontaire européen, organisateurs d’échanges internationaux, animateurs des plus jeunes, transmetteurs de pairs à pairs. Lorsque la vie professionnelle s’installe, ils sont créateurs d’entreprises locales (agriculture, paysage, artisanat), mobiles et capables de s’adapter volontairement et de façon dynamique aux aléas de l’emploi.

Quels autres espaces permettent cela ? Où le jeune peut-il faire l’apprentissage de la vie démocratique ? Où peut-il acquérir les compétences pour « se passer » de l’adulte ? Où peut-il exprimer toute sa créativité, son imagination, initier sa capacité d’entreprendre ?

 

mettre à disposition des ressources utiles aux jeunes

La complexité c’est de rassembler les moyens pour diffuser ce concept vers tous les jeunes et pas seulement ceux qui viennent à D’Ecouves Verte.  Nous tentons de le faire à travers le « pôle ressource adolescence de l’Orne » mais les moyens financiers sont de plus en plus restreints.   Nous le faisons en intervenant dans la formation professionnelle des animateurs, en constatant tous les jours la difficulté qu’ils rencontrent dans la mise en œuvre compte tenu du contexte dans lequel est confinée l’éducation populaire (consommation d’activités, occupationnel, garderies, organisation de vacances) au détriment de son projet éducatif initial.

Il faudrait concevoir une politique éducative cohérente autour de la notion d’accompagnement de parcours des jeunes portant sur la complémentarité entre éducation formelle, porteuse des savoirs et d’épanouissement intellectuel et éducation non formelle,  porteuse de savoirs- faire et d’épanouissement personnel.  Imaginons un « groupe classe » de collégiens ou de Lycéens qui bénéficierait de ces deux apports au cours de trois années de scolarité ponctuées de chemins projets, d’organisation d’échanges interculturels, d’actions d’engagement pour la collectivité.

 

→ EN SAVOIR PLUS SUR d’écouves verte

 

Télécharger la contribution au format PDF

Un commentaire Ajoutez le votre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *