Repenser notre modèle de solidarité pour lutter contre la pauvreté

Par RESOLIS

[ CONSTAT ]

Face à la pauvreté, l’action considérable des acteurs associatifs

En 2016, entre 8 à 9 millions de français vivent en-dessous du seuil de pauvreté, ce qui représente un revenu mensuel inférieur à 840 €.

Même si cet indicateur économique ne définit que partiellement la pauvreté, le nombre de personnes concernées a augmenté ces 10 dernières années, soulignant ainsi l’accentuation des inégalités sociales. La pauvreté est source d’isolement, de rupture du lien social, de perte de confiance en soi, de retard voire de renoncement aux soins…

À cela s’ajoute l’extrême complexification de notre système social en partie responsable des hauts taux de non-recours aux dispositifs sociaux, révélant ainsi l’essoufflement de nos politiques publiques et les limites de l’Etat-Providence.

Dans ce contexte d’urgence sociale, le secteur associatif s’est considérablement mobilisé et incarne souvent le dernier « filet social ». Ce sont 700 000 associations qui agissent au quotidien pour améliorer les conditions de vie et soutenir  les parcours d’insertion.

 

[ Enjeux ]

Faciliter et optimiser les interventions des acteurs de terrain

Bien entendu, la préoccupation première est de sortir durablement les personnes de leur situation de précarité. Un des principaux enjeux pour éradiquer la pauvreté est de nature opérationnelle, c’est-à-dire l’optimisation des interventions des acteurs de terrain.

Cet enjeu recouvre plusieurs aspects :

  • faire connaître les initiatives de terrain les plus originales et les plus efficaces ;
  • aider à la réplication et à la diffusion des meilleurs pratiques ;
  • fédérer les acteurs locaux et travailler en réseau sur les territoires ;
  • faciliter les synergies et la coopération entre acteurs ;
  • identifier les innovations sociales susceptibles de préfigurer les transitions en cours dans tous les domaines (sociale, économique, environnementale…) ;
  • élaborer des politiques publiques s’appuyant sur les retours d’expérience du terrain ;
  • inspirer des travaux de recherche.

 

[ SOLUTIONS ]

Dix pistes d’action pour repenser notre modèle de solidarité

En vue de contribuer à cette structuration de l’action sociale, RESOLIS a mis en œuvre pendant trois ans un programme sur la pauvreté en France, soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller. RESOLIS a ainsi enregistré près de 300 solutions de terrain (dont une centaine particulièrement intéressante) en matière d’accès aux biens essentiels, aux droits, au logement, à la santé, etc. Elle a aussi animé une vingtaine de rencontres pour mutualiser les savoirs des acteurs locaux de la solidarité. Ces enquêtes de terrain ont d’une part mis en évidence les principaux freins à l’efficacité des initiatives locales comme le déficit d’évaluation, de partage d’expériences, de coordination, de travail en réseau et de communication ; et elles ont d’autre part suscité des synergies telles que la création de partenariats, la duplication d’initiatives ou encore la mise en commun de moyens.

 

Schéma-science-de-l-action-de-terrain© RESOLIS / Méthodologie déployée par RESOLIS


L’ensemble de ces travaux a été compilé dans un numéro spécial publié dans le Journal RESOLIS

L’implication du milieu académique a été une des pierres angulaires de ce programme : 75 étudiants de second cycle ont aidé à la conduite des enquêtes et un réseau de solidarité académique, composé d’enseignants et de chercheurs reconnaissant le rôle de l’université dans le secteur social, a été monté.

 

Resolis_journal_NumeroSynthese_couv© RESOLIS

 

Un événement le 28 novembre 2016 a constitué l’étape finale de la 1ère phase de ces travaux sur la pauvreté. Réunissant près de 200 représentants du monde politique, associatif, académique et de l’entreprise, ces Rencontres ont permis de dégager 10 pistes d’actions pour repenser notre modèle de solidarité :

  • agir prioritairement à l’échelle du territoire ;
  • redéfinir la place de l’Etat dans l’action sociale ;
  • créer de réseaux locaux hybrides ;
  • inclure systématiquement les bénéficiaires ;
  • arrêter le traitement segmenté de la pauvreté ;
  • intégrer l’évaluation dans le fonctionnement des structures ;
  • transposer les bonnes pratiques plutôt que les généraliser ;
  • opérer dans un cadre spatio-temporel souple ;
  • préserver la liberté d’innover ;
  • repenser les projets associatifs dans leur environnement global.

 

Cet article a été rédigé par Michel Brugière, ancien directeur général de Médecin du Monde, ancien président du Centre Primo Levi et membre de RESOLIS.

 

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