La société civile partenaire de la recherche 

Par ALLISS

[ CONSTAT ]

Les interactions entre société civile et monde de la recherche : un continent inconnu

L’un des outils principaux dont nos sociétés se sont dotées au fil du temps pour évoluer, s’adapter, changer relève des logiques de recherche, d’expérimentation et d’innovation (penser et faire « autrement »). Au fil du temps et de la massification de l’emploi scientifique dans nos sociétés développées (400 000 emplois dans ce secteur en France), nous avons pris l’habitude d’accroire qu’il existe « des lieux où l’on pense » et « des lieux où l’on fait », des lieux du monopole du « savoir vrai ». Souvent, imperceptiblement, cette violence symbolique faite à la société (souvent inconsciente) a des effets dans la durée puissants.

Prenons par exemple le cas de l’agriculture moderne, qui s’est appuyée sur l’agronomie et a ignoré trop longtemps les savoirs vernaculaires des paysans. Désormais, grâce à une meilleure prise en compte des savoirs et des savoir-faire ancestraux, nous commençons à mieux percevoir en quoi les savoirs se nourrissent les uns les autres et que ce « croisement de savoirs », pour reprendre le concept développé par ATD Quart Monde, rend mieux justice à l’apport des uns et des autres dans la construction de nos horizons et de nos boussoles.

La science moderne sera d’autant plus robuste et excellente qu’elle sera à la fois pertinente et à l’écoute des contributions des uns et des autres. Car cette séparation entre le penser et le faire ne rend pas justice aux innombrables expérimentations à l’œuvre, aujourd’hui comme hier, dans nos sociétés. Si la conscience des acteurs de la société civile de faire partie « de l’aventure de la connaissance » s’est émoussée, dans le monde tel qu’il va, et au-delà des silos institutionnels, les duos « acteurs-chercheurs » sont très souvent à la manœuvre dans les processus de transition, de transformation ou de reconversion. Et le monde associatif ne compte pas pour peu dans ces dynamiques.

Ce continent invisible des interactions entre la société civile et le monde de la recherche est aussi massif que méconnu (par les acteurs autant que par les politiques publiques). Il touche à la plupart des domaines de savoirs et interroge les grands défis contemporains : environnement, éducation, santé, identité, sécurité, ville, travail, numérique. Et ce n’est pas un petit enjeu que de réformer les politiques publiques de la connaissance et  de rendre justice à l’apport de l’ensemble de la société dans ce qui nous permet de comprendre et d’agir dans un monde incertain, un monde du risque, un monde où l’expertise n’est pas tout, mais où la contribution de chaque pan de nos communautés rend les solutions plus justes et soutenables.

 

[ ENJEUX ]

Abaisser le coût d’entrée dans la recherche pour la société civile 

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les pays développés ont bâti nos économies sur un modèle linéaire où tout part de la recherche et de l’innovation. Nous n’en sommes toujours pas sortis. Or, si les dispositifs publics, les soutiens fiscaux et budgétaires sont aujourd’hui nombreux au profit des acteurs économiques industriels et marchands traditionnels, nous constatons qu’aucun soutien équivalent n’a été initié au profit des acteurs sociaux et socio-économiques qui relèvent soit des secteurs non concurrentiels stricts soit des organisations à but non lucratif.

Abaisser le coût d’entrée dans la recherche pour ces acteurs donnerait du souffle à ceux qui sont les plus aptes à prendre des risques, à penser « au-delà de laction qui succède à l’action ». Car un des maux dont souffrent les organisations associatives relèvent de leur grande faiblesse à capitaliser, stabiliser des savoirs et savoir-faire de qualité. Mais aussi à penser au-delà des 6 ou 18 prochains mois.

Cette myopie partielle de la société civile peut se résoudre par un soutien de la puissance publique à son endroit lui permettant de penser un temps plus long. Or quel moyen meilleur que des stratégies et actions de recherche pour penser le temps long, le temps de la stratégie? Indubitablement, abaisser le coût dentrée dans la recherche serait un service à rendre à la société: déploiement de bourses CIFRE, accès simplifié au Crédit impôt recherche, soutien aux dynamiques de R&D et de recherche-action, faciliter les partenariats de recherche avec les laboratoires publics (par des appels dédiés de l’Agence nationale de la recherche, le Fonds d’Expérimentation de la Jeunesse etc), faire sortir de terre des interface recherche-société sur divers territoires qui le souhaitent par un appel spécifique du PIA, etc. 

Reconnaître le Tiers État de la recherche 

Le nombre d’organisations de la société civile impliquées dans des coopérations avec le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche est important. Une politique associative qui soutiendrait une centaine de réseaux recherche-société-enseignement supérieur, développant des biens et services utiles ; la création d’un Fonjep Recherche ; une ligne budgétaire « association complémentaire de l’enseignement supérieur et la recherche », iraient dans le bon sens, donnant un signal à ce « Tiers Etat de la recherche » acteur impliqué et engagé, partenaire du système français d’enseignement supérieur et de recherche. 

 

[ SOLUTIONS ]

Le développement des recherches collaboratives et participatives

Nous pourrions lister un nombre impressionnant d’expériences. Nous pouvons noter, entre autres exemples, dans le domaine environnemental, le développement d’observatoires citoyen de la biodiversité (Institut éco-citoyen, Observatoire des Messicoles), le déploiement de recherches et sciences participatives (Téla Botanica, LPO, Galaxy Zoo, Vigie Nature). Dans le domaine de la santé, le groupe des associations de malade auprès de l’INSERM (le GRAM) est révélateur de la montée en puissance des associations dans le dialogue et parfois l’orientation et le financement de la recherche (souvent dans des maladies rares), comme l’est le collectif Ding-Ding-Dong sur la maladie de Huttington, ou la coopération entre une association de schizophrène et l’espace éthique Ile de France.

Plus récemment l’émergence de coopératives de recherche comme Tetris dans le pays de Grasse, l’Institut Godin en Normandie ou les Ateliers des Jours à Venir au Pays basque sont autant d’initiatives qui visent à « séculariser » les démarches scientifiques et de recherche.

Bâtir une « orientation pluraliste de la recherche »

Plus en amont de la recherche partenariale, il existe au sein d’institutions publiques, comme l’Institut de radioprotection et de sécurité nucléaire (IRSN), l’Institut national de l’environnement industriels et des risques (INERIS), ou encore la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) des comités pluralistes qui discutent des stratégies et orientations de recherche de ces institutions. Pour ces trois seuls établissements ce sont plus de 250 associations et syndicats qui échangent sur ce que l’on nomme « lorientation pluraliste de la recherche ».

Un Livre Blanc sur le sujet

L’association ALLISS présentera le 27 mars à l’assemblée nationale un Livre Blanc sur ces sujets, co-construit par des organisations de la société civile et des établissements de l’enseignement supérieur et la recherche. Il vise à formaliser des propositions et recommandations afin de promouvoir et développer les collaborations et partenariats entre ces acteurs.

Respectueux de l’autonomie de chaque partie prenante, ce Livre Blanc prend le pari qu’un renforcement des capacités d’action de la société civile passe par des stratégies de recherche et d’enseignement supérieur en leur sein. La France ayant fait le choix d’un pôle public fort en ces manières, le défi des partenariats publics/société civile n’en devient que plus crucial pour les processus de reconversions, transformations et transitions à l’œuvre dans notre société.

 

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